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La Fontaine et ses quais.

L'hôtel Imperator fané sous sa façade,
Etale fièrement ses moulures fadasses,
Et ses lustres dorés dans des halots voilés.
Et les passants curieux aux rêves étoilés,
Guettent sous les reflets, sous les lueurs de lunes,
Des soupçons de grandeur de gloire ou de fortune.
L'hiver est arrivé du monde boréal,
En rafales glacées pimentées de mistral.
Et les marcheurs courbés contre le vent qui passe,
Sous leurs cirés gonflés en vertes carapaces,
Cachent leurs mains crispées et leurs tarins violés.
Sur les quais congelés, un platane frissonne.
Et son coeur ciselé, à nu par Godebski,
Surveille anéanti le fleuve monotone,
Avalé par un pont à l'énorme appétit.
Là-bas c'est Antonin. Sous un salut nazi,
Il porte fièrement des oiseaux de passage,
Figés et redressés comme des enfants sages
Aux costumes lugubres, et au teint cramoisi.


Sur le parvis briqué
De la Maison Carrée,
Un carrousel rouillé,
Miaule une carmagnole :
« Pendus au rouet mité,
S'envolent les gavroches,
Sans pleurs et sans taloches,
Et sans sévérité.
 »

# Posté le jeudi 05 mai 2005 05:08

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Nocturnes.

Un rien désabusée, une chouette en armure,
Au regard clignotant, dans sa barbe murmure,
Un secret à la lune qui n'en voulait pas tant.
Un ver luisant timide, à son corps défendant,
Allume l'aubépine courbée dans les ténèbres,
Et sa herse d'épines en féroces vertèbres,
Forme une ombre écorchée au clapas imposant.
Le timbre métallique, d'un grillon composant
Une pauvre musique au refrain concordant,
Répète son viatique aux échos obsédants.
Un écureuil furète dans le creux d'un grand chêne
Une noisette entière laissée par un mécène.
Puis il se couche en rond et sa queue vanillée,
Se love en lit douillet sous son museau rayé.

# Posté le jeudi 05 mai 2005 05:10

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Lune orange.

Une fleur endormie aux cheveux qui ondulent
Infiniment perdue sur un lit de fortune,
Son corps chaud et fruité et le soupir tremblant,
Des formes effleurées de songes pénétrants.

Une rose rouillée dans mon estomac rouge,
Une rose épicée aux épines dressées,
Lacère, viscérale, ma gorge et ma bouche,
Comme le zeste amer d'un amour désossé.

Je suis parti là-bas en suivant les étoiles.
Les embruns vous diront, un peu de mon histoire
Entre Gênes et Tunis, vers les sables mouvants,
Vers l'horizon muet où personne n'attend.

Un feu de bois pleurait la nuit à Ghardaïa
La piste était si longue et le sable si froid
Un malheureux perdu rampant entre les dunes
S'est écroulé enfin en regardant la lune.

Il est resté là-bas près de la lune orange.
Une rose dorée a séché, c'est étrange,
Dans un vase de grès, érodé par le vent
Dans l'horizon muet, où personne n'attend.

Refrain :
Moi je n'ai plus le temps d'aimer.
Mon pardessus est si râpé,
Et mes souliers sont si usés,
Que je n'ai plus le temps d'aimer.
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# Posté le jeudi 05 mai 2005 05:16

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Copyright © éditions des collines - tous droits réservés
-publication semestrielle-
IS 30000 Nîmes - Achevé d'imprimé le 15 janvier 2005
Dépôt légal (premier trimestre 2005) - ISSN 1768-1073
Photo couverture: Barthélemy Laplace.
(photos libres de droits)
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# Posté le jeudi 05 mai 2005 05:19

Modifié le mercredi 29 juin 2005 12:33