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Un village amassé sur une péninsule
Aux façades chaulées en touches minuscules
Couve sous les dattiers une rade douillette.
Des mouettes émaillées aux mats des goélettes
En fleurs de porcelaine, statuettes inertes,
Posent un oeil glacé, sur la vague crémeuse,
Qui roule et qui s'enroule en boules sirupeuses.
Et sur le sable roux des rayures de miel
Caramélisent en fines brisures d'arc-en-ciel.
Et le vent insouciant les égraine en souffrance.
Un marin revenant imprime sur la plage
Une foule de pas, fragile transhumance,
Sableuse migration au fauve métissage.
Les dattiers éclatés aux vents acidulés
Agitent tremblotants leurs mains articulés.
Ils frissonnent pour sûr, en souvenir du large,
Qui de bouche à oreilles emplit les coquillages,
Et transporte salé le râle des marées.
La ruelle étranglée aux murs parcheminés,
Descend en escaliers vers la place déserte,
Et s'ouvre à la fontaine en fraîcheurs satinées.
Le marin disparaît dans la ruelle inerte.

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# Posté le jeudi 05 mai 2005 04:44

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Sa masure muette pleure dans la pénombre
Des bavures de crasse aux murs badigeonnés,
Qui dessinent des ombres en tâches monochromes ;
Des images baroques en film émulsionné.
Un pichet glougloutant s'épanche sur un verre.
Les doigts fins et légers de sa douce fermière,
Filent en libellule sous ses mèches de blé,
Dans des éclats sucrés de luisances nacrées.
Dans le fond de ses yeux, des nuages fugaces,
En pompons duveteux s'enlacent et rêvassent,
Et volent bien plus haut que la mouette enneigée.
Et le marin se fond sur sa bouche orangée.

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# Posté le jeudi 05 mai 2005 04:51

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La pluie.

Mendiante qui claudique
En danse frénétique
Promène sa tristesse
En noire poétesse
Dans le creux d'un vallon
En brume de houblon :
S'enlaçant
Paressant
De filasses
Blondasses

Elle emporte en lambeaux
Des monstres de Lascaux
Aux contours dépouillés
Qui se forment rouillés
Sur des langues de terre
Marbrées de meurtrières :
Et la gangue
S'épice
De longues
Cicatrices.

Elle égrappe coquette
Sa crinière défaite
Aux côtés d'un coteau
S'enroulant en copeaux
Sur le rempart austère
D'un sombre cimetière :
Mauvais temps,
Tu descends
En crécelle
Immortelle.

# Posté le jeudi 05 mai 2005 04:58

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Une île

Un saule décoiffé traîne devant ma porte.
Son tronc mince et voûté, ses branches d'araignée
Pendent éperdument au vent qui les emporte
Comme un épouvantail mourant et résigné.

Une barque attachée à son embarcadère
Force pour arracher ses amarres nouées
Qui grincent en susurrant un long abécédaire
Peuplé de craquements sous la bise enrouée.

Sur cette île j'emporte une pluie de regrets
Qui colle à mes souliers cireux et fatigués,
Par ses chemins bourbeux maculés de tristesses.
...Et le ciel paresseux s'étire en arabesques.

Sous l'arbre fatigué Manon au goût de pèche,
Vanillée et cuivrée de mouvantes flammèches ;
Manon songe morose sous les larmes du saule,
Frissonnante et grisée par une barcarolle.

Des abeilles bronzées en frôlements hagards,
Entre les fleurs de lys zigzaguent souveraines,
Et nous partons cueillir deux ou trois marjolaines,
Quelques brins de verveine au fond de son foulard.

# Posté le jeudi 05 mai 2005 05:00

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Blanc, blanc...


Un edelweiss fragile au c½ur emmitouflé,
Dans sa vulve laineuse se plait à pantoufler,
Souriant au frimas qui fige les alpages.
Et la brume enveloppe dans un vagabondage,
Des bouts de paysage sous le soleil voilé.
Un chevreuil dandinant se glisse entre les arbres,
D'où la neige s'échoit en miettes de satin,
Par un sentier glacé dans la nature glabre,
Où son corps se détache en souillure châtain.
La montagne se vêt d'un glaçage sucré,
En mousse édulcorée, en neige saupoudrée
Couvrant de molleton les mélèzes membrés.
Leurs bras frigorifiés aux veinures marbrées,
Écrasés sous le poids, parsèment la campagne,
De longues processions de pénitents laqués,
Aux capuchons fermés sur leurs troncs de cocagne.
Un chalet s'est perdu, noyé dans les nuages,
Abandonné un jour dans cet aréopage
De neige carbonique et de tulle floqué.
La fermette a connu tant et tant de bourrasques
Dressant dans la froideur sa carcasse efflanquée,
Et la pierre rongée tant de tourments fantasques,
Que le ciel un matin, s'est couché à ses pieds.

# Posté le jeudi 05 mai 2005 05:06